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Discours prononcé le 3 décembre 2007 par S.E. Monsieur Dominique Boché,
Ambassadeur de France
à l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à Sylvie Henquin,
Directrice des Cristalleries du Val Saint-Lambert, Présidente de la
CFCILL de 2004 à 2007
Madame Henquin,
Quand on parle du
Val Saint-Lambert, il vient tout de suite à l’esprit les images de ces
vases art nouveau et art déco, aux lignes tantôt ondulantes,
flamboyantes, tantôt géométriques, voire hiératiques. Toute l’Europe s’y
reconnaissait, de Vienne, Prague, Cracovie jusqu’à Londres en passant
par Bruxelles et Paris. Une Europe qui n’était pas encore coupée en deux
par les totalitarismes. Est-ce la nostalgie de cette vieille culture
commune qui nous émeut dans ces objets, à une époque où l’Europe se
redécouvre dans son espace culturel commun ?
Dans l’occident de
cette culture européenne, trois ateliers règnaient alors sur le
cristal : Baccarat et Saint-Louis, en France, et le Val Saint-Lambert en
Belgique. Ne vous méprenez pas si je parle d’ateliers alors que le Val
Saint-Lambert employait 5000 personnes à la veille de la Grande
Guerre : ce n’est pas la taille de l’entreprise que j’exprime ainsi,
c’est le rapport du créateur à l’objet. Et ce rapport, il tient de
l’art, pas de la production standardisée.
Madame Henquin, vous
écrivez que, diriger une telle entreprise, c’est se définir comme un
passeur. ‘’ Les valeurs à transmettre touchent le sens du beau, un
certain goût du luxe, une volonté constante aussi de création. Les
recettes à ‘’passer’’ vont de la fabrication du cristal à l’art du
polissage. Elles font appel au doigté dans la cuisson, dans l’art de la
taille, de la gravure, de la dorure. Des gestes qui, mis bout à bout,
donnent naissance à une œuvre qui implique et transcende chacun des
maillons de la chaîne de travail.
On conçoit la
fragilité de cette chaîne. Elle a été rompue à plusieurs reprises dans
l’histoire du Val Saint-Lambert. La dernière fois, en 1971, il semblait
bien que ce fût la fin d’une histoire qui avait commencé en 1826.
Mais vous, une
Française, bien qu’installée à Bruxelles depuis quelques années, vous
tombez amoureuse de ce site extraordinaire, en bord de Meuse, entre le
Château du Val Saint-Lambert et les restes de l’Abbaye cistercienne. En
2003, vous rachetez l’entreprise et vous la faites renaître de ses
cendres.
Ce n’aura pas été
une mince affaire que de retrouver les gestes, les savoir-faire, les
talents des anciens alors dispersés. Mais vous y êtes parvenue. Vous
avez insufflé une nouvelle vie à cette vieille dame du Val
Saint-Lambert. Sans doute votre formation, vos travaux de chercheur et
d’enseignante en psychologie du travail à Nancy et en Picardie vous
auront-elles aidée. Sans doute aussi votre expérience de gestion de
sociétés comme celles d’Ariane Group vous aura-t-elle appris la rigueur
nécessaire à toute entreprise, fût-elle un atelier d’art.
Mais les
connaissances et l’expérience n’expliquent pas tout. Peut-on réussir
dans le domaine de la manufacture d’art sans beaucoup de passion ? Et
cette passion, vous savez la communiquer : il suffit de vous entendre
parler de votre cristallerie pour le ressentir.
Vous savez que, sous
l’Ancien régime, le métier de maître-verrier était un des très rares
métiers manuels qui étaient autorisés aux gentilshommes. On ne dérogeait
pas à la noblesse en le pratiquant. Madame Henquin, vous vous êtes
anoblie en relevant cette cristallerie.
C’est pourquoi je
suis particulièrement heureux de vous remettre cette décoration devant
vos amis de la Chambre française de Commerce et d’Industrie que vous
avez présidée pendant les trois dernières années.
Sylvie Henquin, en
vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais Chevalier de la
Légion d’Honneur. |