Chambre Française de Commerce et d'Industrie
des Provinces de Liège et de Luxembourg asbl

 

Depuis 1895 au service des entreprises industrielles et commerciales liégeoises, luxembourgeoises et françaises



 










   

 
Discours prononcé le 3 décembre 2007 par S.E. Monsieur Dominique Boché, Ambassadeur de France
à l’ouverture de la Table Ronde sur "Wallonie-France": une nouvelle donne ?"
le 3 décembre 2007 en la salle de l'Orchestre Philarmonique de Liège  

Madame et Monsieur les Ministres…
Monsieur le Président du Conseil régional …

En décembre 2005, à deux pas d’ici, le Conseil Economique et social de la région Wallonne avait accueilli un colloque franco-wallon sur nos politiques industrielles respectives : celle des pôles de compétitivité, du côté français, et celle du ‘’Plan Marshall’’ côté wallon.

Deux ans après, exactement, la CFCILL a pris l’initiative d’une nouvelle rencontre pour faire le point sur les effets de ces politiques industrielles nouvelles dans les échanges économiques entre la France et la Wallonie. Il était naturel que cette rencontre eût lieu à Liège, capitale économique de la Wallonie. Je remercie le Directeur de l’Orchestre Philharmonique, M. Jean-Pierre Rousseau, par ailleurs Président de la Chambre Française de Commerce, d’avoir mis les superbes salles de l’Orchestre à la disposition de cette manifestation.

Deux ans, c’est peu et c’est beaucoup.

C’est peu : à l’occasion du 17° Congrès des Economistes francophones qui s’est tenu les 21 et 22 novembre à Louvain-la-Neuve, le professeur Capron a dit qu’il faudrait 5 à 10 ans de recul pour voir pleinement les effets d’un plan industriel comme ceux que nos deux pays ont mis en œuvre. En effet, il s’agit de projets fondés sur la recherche, dont les fruits n’apparaissent pas immédiatement dans des bilans comptables ou des courbes d’emploi.

Mais, deux ou trois ans, c’est déjà suffisant pour faire une première évaluation. En France, on a bien vu que les 66 pôles de compétitivité – qui sont devenus 71 depuis cette année, puisque 5 nouveaux pôles ont été labellisés – se développaient inégalement. Certains semblent être partis en flèche tandis que d’autres paraissent avoir du mal à décoller. Encore faut-il être très prudent dans ces impressions C’est pourquoi les ministres français compétents, M. Borloo, Mme Lagarde et M. Novelli ont décidé le 15 novembre de procéder à une évaluation des pôles de compétitivité mais aussi de la politique nationale d’accompagnement mise en place par l’Etat. Les résultats de cette évaluation seront présentés en juin 2008. 

Et ici, je me demande si l’expérience wallonne n’a pas inspiré le ministère français de l’Economie : je constate en effet que cette mission d’évaluation a été confiée à des experts étrangers, le cabinet Boston Consulting Group, associé à CM International, exactement comme le gouvernement wallon avait chargé un jury international – dont quelques Français des pôles de compétivité Europol-Agro de Reims et I-Trans du Nord-Pas-de Calais - de juger de la recevabilité des projets du Plan Marshall. 

Si j’évoque ici cette influence réciproque de nos politiques industrielles, qui s’inspirent mutuellement des expériences de l’autre partie, c’est parce que la coopération internationale, et d’abord entre Européens,  est une dimension fondamentale de cette révolution économique. Les Allemands viennent de publier une étude sur l’internationalisation des clusters technologiques. Il en ressort que les réseaux technologiques européens sont encore jeunes. Sur l’ensemble des clusters interrogés dans cette étude, une dizaine seulement ont pu décrire une stratégie concrète de développement international. Et lorsqu’on cherche les raisons de ce retard, on trouve d’abord le manque de confiance entre les partenaires et les conflits d’intérêts entre eux.

Voilà ce qu’il faut dépasser.

Tout à l’heure, nous aurons l’occasion d’entendre des témoignages inverses sur la richesse que constituent les complémentarités entre pôles de compétitivité wallons et français. Je remercie particulièrement mes compatriotes de Champagne-Ardenne d’être venus nous faire part de leurs expériences de coopération avec leurs homologues wallons dans le domaine de l’agro-alimentaire.

Et, dans le même ordre d’idées,  je voudrais aussi souligner combien me semble exemplaire l’accueil que l’Université de Liège a réservé vendredi et samedi dernier aux auditeurs français de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette institution française très récente, puisqu’elle n’en est qu’à sa deuxième année d’existence,  l’IHEST rassemble pour un cycle de formation d’une année une cinquantaine de hauts responsables issus de tous les horizons, scientifiques et non-scientifiques, membres de la société civile, relais d’opinion. Le but de l’IHEST est de construire une culture de la recherche et de l’innovation grâce à une intelligence partagée.

Il m’est revenu que les auditeurs de l’IHEST ont trouvé à l’Université de Liège un exemple remarquable d’intégration de la Recherche dans un territoire plurinational qui en font, pour nous, Français, un modèle à bien des égards. Ils ont aussi remarqué l’initiative inédite de la Région wallonne qui a conduit à fédérer les 6 Parcs scientifiques wallons autour d’une Charte de Qualité.

La leçon qu’ils ont tirée de ces 36 heures à Liège, c’est que les pays qui souffrent le plus de la mondialisation, ce ne sont pas ceux qui s’ouvrent sur le monde, ce sont ceux qui se figent dans le repli sur soi.  Ce n’est pas ici, à Liège, qui a vu construire la première locomotive  à vapeur sur le continent,  que je vais donner des leçons en matière d’innovation et d’ouverture. Je ne veux vous dire qu’une chose : les entreprises, les centres de recherche, les pôles de compétitivité français vous attendent.


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