|
Discours prononcé le 3 décembre 2007 par S.E. Monsieur Dominique Boché,
Ambassadeur de France
à l’ouverture de la Table Ronde sur "Wallonie-France": une nouvelle
donne ?"
le 3 décembre 2007 en la salle de l'Orchestre Philarmonique de Liège
Madame et Monsieur les
Ministres…
Monsieur le Président du Conseil régional …
En décembre 2005, à
deux pas d’ici, le Conseil Economique et social de la région Wallonne
avait accueilli un colloque franco-wallon sur nos politiques
industrielles respectives : celle des pôles de compétitivité, du côté
français, et celle du ‘’Plan Marshall’’ côté wallon.
Deux ans après,
exactement, la CFCILL a pris l’initiative d’une nouvelle rencontre pour
faire le point sur les effets de ces politiques industrielles nouvelles
dans les échanges économiques entre la France et la Wallonie. Il était
naturel que cette rencontre eût lieu à Liège, capitale économique de la
Wallonie. Je remercie le Directeur de l’Orchestre Philharmonique, M.
Jean-Pierre Rousseau, par ailleurs Président de la Chambre Française de
Commerce, d’avoir mis les superbes salles de l’Orchestre à la
disposition de cette manifestation.
Deux ans, c’est peu et
c’est beaucoup.
C’est peu : à
l’occasion du 17° Congrès des Economistes francophones qui s’est tenu
les 21 et 22 novembre à Louvain-la-Neuve, le professeur Capron a dit
qu’il faudrait 5 à 10 ans de recul pour voir pleinement les effets d’un
plan industriel comme ceux que nos deux pays ont mis en œuvre. En effet,
il s’agit de projets fondés sur la recherche, dont les fruits
n’apparaissent pas immédiatement dans des bilans comptables ou des
courbes d’emploi.
Mais, deux ou trois
ans, c’est déjà suffisant pour faire une première évaluation. En France,
on a bien vu que les 66 pôles de compétitivité – qui sont devenus 71
depuis cette année, puisque 5 nouveaux pôles ont été labellisés – se
développaient inégalement. Certains semblent être partis en flèche
tandis que d’autres paraissent avoir du mal à décoller. Encore faut-il
être très prudent dans ces impressions C’est pourquoi les ministres
français compétents, M. Borloo, Mme Lagarde et M. Novelli ont décidé le
15 novembre de procéder à une évaluation des pôles de compétitivité mais
aussi de la politique nationale d’accompagnement mise en place par
l’Etat. Les résultats de cette évaluation seront présentés en juin
2008.
Et ici, je me demande
si l’expérience wallonne n’a pas inspiré le ministère français de
l’Economie : je constate en effet que cette mission d’évaluation a été
confiée à des experts étrangers, le cabinet Boston Consulting Group,
associé à CM International, exactement comme le gouvernement wallon
avait chargé un jury international – dont quelques Français des pôles de
compétivité Europol-Agro de Reims et I-Trans du Nord-Pas-de Calais - de
juger de la recevabilité des projets du Plan Marshall.
Si j’évoque ici cette
influence réciproque de nos politiques industrielles, qui s’inspirent
mutuellement des expériences de l’autre partie, c’est parce que la
coopération internationale, et d’abord entre Européens, est une
dimension fondamentale de cette révolution économique. Les Allemands
viennent de publier une étude sur l’internationalisation des clusters
technologiques. Il en ressort que les réseaux technologiques européens
sont encore jeunes. Sur l’ensemble des clusters interrogés dans cette
étude, une dizaine seulement ont pu décrire une stratégie concrète de
développement international. Et lorsqu’on cherche les raisons de ce
retard, on trouve d’abord le manque de confiance entre les partenaires
et les conflits d’intérêts entre eux.
Voilà ce qu’il faut
dépasser.
Tout à l’heure, nous
aurons l’occasion d’entendre des témoignages inverses sur la richesse
que constituent les complémentarités entre pôles de compétitivité
wallons et français. Je remercie particulièrement mes compatriotes de
Champagne-Ardenne d’être venus nous faire part de leurs expériences de
coopération avec leurs homologues wallons dans le domaine de
l’agro-alimentaire.
Et, dans le même ordre
d’idées, je voudrais aussi souligner combien me semble exemplaire
l’accueil que l’Université de Liège a réservé vendredi et samedi dernier
aux auditeurs français de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science
et la Technologie. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette institution
française très récente, puisqu’elle n’en est qu’à sa deuxième année
d’existence, l’IHEST rassemble pour un cycle de formation d’une année
une cinquantaine de hauts responsables issus de tous les horizons,
scientifiques et non-scientifiques, membres de la société civile, relais
d’opinion. Le but de l’IHEST est de construire une culture de la
recherche et de l’innovation grâce à une intelligence partagée.
Il m’est revenu que les
auditeurs de l’IHEST ont trouvé à l’Université de Liège un exemple
remarquable d’intégration de la Recherche dans un territoire
plurinational qui en font, pour nous, Français, un modèle à bien des
égards. Ils ont aussi remarqué l’initiative inédite de la Région
wallonne qui a conduit à fédérer les 6 Parcs scientifiques wallons
autour d’une Charte de Qualité.
La leçon qu’ils ont
tirée de ces 36 heures à Liège, c’est que les pays qui souffrent le plus
de la mondialisation, ce ne sont pas ceux qui s’ouvrent sur le monde, ce
sont ceux qui se figent dans le repli sur soi. Ce n’est pas ici, à
Liège, qui a vu construire la première locomotive à vapeur sur le
continent, que je vais donner des leçons en matière d’innovation et
d’ouverture. Je ne veux vous dire qu’une chose : les entreprises, les
centres de recherche, les pôles de compétitivité français vous
attendent. |